Comment la confirmation d’hypothèse conduit-elle à l’autoréalisation des prophéties ?
Le mécanisme par lequel la confirmation d’hypothèse conduit à l’autoréalisation des prophéties a été étudié dans deux études de Word, Zanna et Cooper, 1974, lors d’interactions sociales
Etude 1 : Comportement de l’interviewer américain-blanc selon qu’il interviewe un candidat “noir” ou “blanc”
Un participant américain-blanc doit conduire un entretien d’embauche
Le candidat qui est un comparse américain-blanc ou afro-américain, se comporte de manière identique lors d’un entretien
On observe les comportements du participant, interviewer, “blanc” (filmé à son insu)
Tout d’abord, on observe que la durée de l’entretien est plus courte
On remarque également qu’il a des comportements plus distants, la distance est plus grande, il y a moins de regards, moins de sourire et on observe plus d’erreurs d’élocution (qui peuvent être liées à un malaise)
Etude 2 : Comportement du candidat blanc selon les deux condition d’entretien
Les auteurs ont inversé les rôles
Des comparses “blancs” sont entrainés à interviewer un candidat naïf blanc en adoptant les comportements des participants blancs de l’étude 1
On observe les comportements du participant qui répond à l’interview
On demande à un juge extérieur qui ne connaît pas la recherche d’évaluer la performance
On observe que le candidat blanc traité comme un “noir” montre des signes de nervosité
Il a bien perçu que l’interviewer avait une attitude négative envers lui car il a moins de sympathie envers lui
Le juge juge sa performance moins bonne
Aspect dynamique et évolutif de l’auto-réalisation des prophéties
Dans l’étude 1, les attentes d’une personne vis à vis d’une autre, ou de son groupe
social, vont la faire agir d’une manière déterminée
Dans l’étude 2, ces comportements vont être interprétés par la personne-cible qui va y réagir de manière approprié
On a une réalimentation des attentes de départ et donc une confirmation d’hypothèse
Les attentes du percevant influencent le comportement du percevant qui influence le comportement de la cible qui confirme les attentes du percevant
Schéma
Remarques
Il y a une possibilité de bousculer les attentes
Il s’agit d’un processus inconscient, involontaire
Comment fonctionne la confirmation d’hypothèse ? Quelles en sont les implications ?
Snyder, 1984, a réalisé un programme de recherche suivant le même paradigme
Le participant doit vérifier lors d’un entretien si une personne correspond, selon les conditions, à un profil d’extraversion ou à un profil d’introversion
Le participant va choisir les questions qui seront posées parmi des questions
Leyens a repris la recherche dans un cadre plus écologique
Dans cette recherche, les étudiants en psychologie sont convoqués pour un exercice d’entretien au département de psychologie clinique et interroger une personne dans un vrai bureau de consultation
L’étudiant sera dans les conditions dans lesquelles se trouve habituellement un psychologue professionnel lorsqu’il rencontre une personne pour la première fois
Il peut avoir des informations à partir d’un test de personnalité que la personne a remplie mais qui n’est pas corrigée
Dans un cas, la personne a rempli le questionnaire comme si elle était introvertie. Dans l’autre cas, les réponses au questionnaire montrent une personnalité extravertie
Pour certains participants, la personnalité est sans ambiguïté (induction forte), dans d’autres cas, c’est ambigu (induction faible)
Il faut vérifier que les étudiants ont bien distingué la personnalité, ont bien décodé le questionnaire, ont bien compris la force du diagnostic
On observe que les étudiants arrivent bien à décoder le questionnaire, y compris la force du questionnaire
La manipulation a donc bien fonctionné
Dans cette recherche, le participant interroge effectivement la personne
Pour l’interroger, il doit choisir 12 questions parmi les mêmes 26 questions
On observe que lorsque le diagnostic est extraverti, il pose plus de questions extraverties et inversement
En général, on confirme l’hypothèse. Il n’y a aucun effet de la force du diagnostic
On observe les mêmes résultats que l’on soit sûr ou pas
Snyder et Swann, 1981
Ont enregistré des participants naïfs à qui les questions sélectionnées sont effectivement posées
Les réponses sont soumises à des juges externes qui évaluent l’extraversion/introversion
Les juges évaluent en fonction des questions posées
Il y a une relation positive entre la question posée et le caractère extravertie/introvertie
Quelle que soit leur véritable personnalité, les personnes répondant aux questions extraverties paraissent plus extraverties que celles qui répondent aux questions introverties
Fazio et Zanna, 1981
Sont allés plus loin en posant à leur participant uniquement des questions de l’un de ces types
Les participants complètent ensuite un questionnaire d’extraversion/introversion
Ceux qui ont eu des questions introverties se disent plus introvertis et ceux qui ont eu des questions extraverties se disent plus extravertis
Sur l’ensemble de ces travaux, l’influence est réelle et conduit à la transformation d’une hypothèse en réalité
Confirmation des stéréotypes
Un préjugé est une attitude intergroupe négative qui s’exprime au niveau affectfif (sentiment négatifs), cognitif (stéréotypes négatif et/ou positif) et conatif (intention de discrimination)
Un stéréotype est un ensemble de croyances concernant des attributs partagés par un groupe de personnes et les différenciant des autres groupes
Un stéréotype peut colorer, parfois inconsciemment, notre perceptions d’autrui
Stéréotype et intelligence : Darley et Gross, 1983
Les participants voient une petite fille, Hannah, dans une de ces conditions vidéo :
- Hannah se promène dans son milieu, soit aisé, soit défavorisé
- Hannah réalise un test d’aptitude (puzzle) dont le résultat est ambiguë
- 2 vidéos consécutives : Hannah riche ou pauvre réalise le test d’aptitude
→ VD : Évaluer l’intelligence d’Hannah
- Pas d’information suffisante pour évaluer
- Pas de différence si riche ou pauvre
- Hannah riche plus intelligente (brillante) que Hannah pauvre (peu douée)
⇒ On n’observe pas de différence si elle est riche ou pauvre dans la première condition et dans la seconde condition (pas d’information suffisante pour évaluer). Dans la troisième condition, Hannah plus riche est perçue comme plus intelligente
Pourquoi résultats différents si les deux films sont vus plutôt que chacun d’eux ?
Selon Darley et Gross, les participants disposent d’une hypothèse pour juger Hannah (1er film)
Il y a des attentes différentes selon le milieu. Cette hypothèse est mise à l’épreuve des faits dans le deuxième film
La tâche dont le résultat est ambigu sera interprété comme réussi ou non selon l’hypothèse
On perçoit le film comme plus court, on perçoit plus d’hésitation
Pour la fille pauvre, on dit qu’elle hésite, pour la fille riche, on dit qu’elle réfléchit
Il y a des biais perceptifs et de stéréotypisation
Le processus de confirmation d’hypothèse, une étude de Bodenhausen, 1985
Les participants doivent juger de la culpabilité d’un accusé sur la base de témoignages favorables et défavorables
Selon les conditions, l’accusé s’appelle Ramirez ou Johnson et cette information est donnée avant ou après la lecture des témoignages
Aux Etats-Unis, les hispaniques sont associés à la délinquance
Si le prénom est donné avant, Ramirez est jugé plus coupable que Johnson malgré qu’ils aient le même dossier
Si le nom est donné avant, l’hypothèse influence le traitement des informations
Le poids donné aux témoignages favorables et défavorables varie selon le nom
De même avec le rappel des informations
Il n’y a pas de retraitement des informations si le nom est donné après
Cet effet de confirmation des hypothèses est inconscient, automatique et spécifique dans le sens où il va coller à nos croyances
La stéréotypisation respecte nos croyances générales
Le stéréotype colore le jugement si la personne appartient à la catégorie sociale à laquelle le stéréotype peut s’appliquer, voir Banaji, Hardin et Rothman, 1993
⇒ Processus automatique – non conscient
Catégorisation sociale = processus initial dans l’interaction
Vers le modèle du continuum dans la formation d’impression
Catégorisation initiale
Confirmation de la catégorie activée
Modèle du continuum : Fiske et Neuberg, 1990
Catégorisation initiale
Inclure spontanément la personne rencontrée dans une catégorie sociale : femme, noir, arabe, pauvre intellectuel, vieux,…
Dans une recherche de Patricia Devine (1989), on vérifie que des étudiants blancs américains connaissent le stéréotype lié aux noirs américains et vérifie que les étudiants blancs qui se disent explicitement non racistes connaissent ce stéréotype
On distingue les participants qui se disent explicitement racistes de ceux qui se disent non racistes
Stéréotypes : Associations apprises entre caractéristiques et label de groupe
Croyances personnelles : Propositions reconnus (ou non) commes vraies
Avant l’expérience, vérifier que
Les étudiants blancs américains qui se disent non racistes n’adhèrent pas aux stéréotypes habituels concernant les noirs mais qu’ils connaissent néanmoins le contenu de ces stéréotypes : agressif, paresseux, drogué …
Distinguer les participants qui se disent explicitement racistes (et adhèrent aux stéréotypes) de ceux qui se disent non racistes (et n’y adhèrent pas)
Tâche 1 : Participants racistes et non racistes sont soumis à une exposition subliminale (80 ms) de 100 mots (amorces)
Tâche 2
Les participants doivent ensuite participer à une tâche de formation d ’impression
Évaluer les comportements d’un individu (Donald) sur une série d’échelles dont certaines sont relatives à l’agressivité et l’hostilité
Certains comportements sont ambigus et peuvent être perçus comme étant hostiles
L’étant étant que lorsqu’on a activé le stéréotype, il y a plus d’interprétation comme étant hostile
Remarque : Pas d’information sur l’appartenance sociale et ethnique de Donald
Remarque : Comportements ambigus par rapport à l’agressivité
⇒ L’activation des stéréotypes influence le jugement concernant Donald
Il est perçu comme plus hostile lorsqu’on a activé le stéréotype
Il n’y a pas de différence entre racistes et non racistes
S’il n’y a pas de contrôle cognitif, on se laisse prendre « au piège » de la catégorie et d’un contenu connu depuis l’enfance
Lorsque la catégorie initiale est activée, on vérifie si il y a une confirmation ou non
Cette étape de confirmation requiert que l’on soit suffisamment motivé et d’en avoir les capacités cognitives
Confirmation de la catégorie
Lorsque catégorie initiale activée il y a une confirmation, oui ou non
Seulement si on est suffisamment motivé et on en a les capacité cognitives (possibilités d’attention)
Si “oui”, nous sommes motivés, il y a une “interprétation catégorielle” et si il y a de la confiance alors on arrête
Si “non”, nous ne sommes pas motivés , il y a une allocation d’attention, on y va “pas à pas”, on fait une re-catégorisations successives (sous- catégories), attributs par attributs, spécificité individuelle (impression individualisée)
Remarque : Confirmation favorisée par l’ambiguïté, rappel Duncan, 1979
Fiske et Neuberg, 19867
Les participants vont devoir rencontrer un membre d’une catégorie stéréotypée (un schizophrène)
Ils peuvent recevoir une importante somme d’argent a 2 conditions :
- Récompense donnée indépendamment aux deux partenaires sur base de leur performance personnelle
- Récompense allouée à la meilleure dyade : Dépend de l’interaction
Avant la rencontre, on donne des informations sur le partenaire cohérentes ou non avec l’hypothèse de départ (stéréotype schizophrène)
→ Temps consacré (en seconde) à l’examen des informations selon leur niveau de cohérence et le niveau de dépendance
Motivation à l’exactitude et ressources cognitives
Si motivation à faire abstraction des attentes stéréotypées?
- Précision dans formation d’impression
- Pendry et Macrae, 1994
Et si motivation mais distraction (moins ressources cognitives) ?
- Distraction et confirmation des attentes interpersonnelles
- Harris et Perkins, 199
Biesanz, Neuberg, et al., (2001) : Etude sur la communication par téléphone ou en face-à-face
⇒ Simuler un entretien d’embauche
Snyder et Haugen, 1994
Expérience consistant en un entretien dans lequel les deux personnes ne se voient pas (téléphone)
Le but donné à l’interviewer varie entre obtenir le maximum d’informations sur le partenaire ou avoir la conversation la plus agréable possible